Blogue des PUQ

Archives pour avril 2014

L’usage de drogues et les conduites violentes chez les jeunes

lundi 28 avril 2014

Marlène Falardeau

La constance des « faits divers » dans les médias

Depuis plusieurs décennies, les médias nous transmettent régulièrement des informations à propos d’événements violents entre jeunes et d’arrestations en lien avec les drogues illicites. Par exemple, récemment, un amoureux déçu, dans la jeune vingtaine, a été accusé de tentative de meurtre sur un adolescent; un autre a été accusé de s’être livré à des voies de fait sur sa victime; puis des enquêteurs de la section des stupéfiants et des policiers d’un groupe tactique d’intervention ont procédé à des arrestations chez des individus qui ont été accusés de possession de drogues dans le but d’en faire le trafic. Diverses drogues illicites (par ex., cocaïne, cannabis, héroïne, GHB et méthamphétamines) ont été retrouvées au domicile où s’effectuaient les transactions. Il n’est pas rare que, lors de ces frappes policières, des accusations soient également portées pour possession d’armes prohibées (La Presse, 2014).

Usage ou trafic de stupéfiants, gestes violents ou menaçants, conduite d’un véhicule motorisé dans un état d’intoxication élevée ou ou autres actes de nature délictuelle constituent des sujets d’actualité. Semaine après semaine, les médias rapportent invariablement la triste nouvelle d’un crime violent, une problématique en lien avec les drogues illicites ou, parfois, des stratégies à mettre en place pour remédier aux problèmes de drogue et de criminalité ou encore pour les prévenir.

Changer : concevable ou utopique?

Livre Dans les tripes de la violence et de la drogue

Marlène Falardeau est l’auteure du livre Dans les tripes de la violence et de la drogue, en librairie le 30 avril 2014.

Peu importe les stratégies utilisées (du moins, celles connues actuellement), il faut parfois se rendre à l’évidence : le changement attendu ne se produit pas. L’auteur du délit ne semble pas réaliser que sa conduite fait des victimes ou, pire encore, il se réjouit des conséquences de ses gestes déviants. Que comprendre? S’agit-il d’un problème de santé mentale, voire d’un trouble d’ordre psychiatrique qui n’a pu être traité? L’individu souffre-t-il d’un problème relationnel profond ou présente-t-il un soi si fragile que seules des interventions variées et à long terme pourraient éventuellement donner des résultats tangibles? Ou encore la personne démontre-t-elle une faible motivation à changer et elle ne répond pas bien aux approches motivationnelles? L’être humain doit continuer sa quête de compréhension de certains mystères…

Mais, dans certaines situations, le changement survient. Il est possible à tout âge, mais il vaut mieux agir le plus rapidement possible. Les recherches montrent qu’environ 70% des délinquants juvéniles visiteront les prisons à l’âge adulte et que la majorité cesseront leurs activités criminelles vers 40 ans (Ouimet, 2009). Comme on dit : il est souvent plus facile de ne pas commencer une habitude que d’essayer de l’arrêter. Il faut investir dans la prévention.

L’importance d’agir à l’adolescence

L’adolescence est une période à risque pour les conduites déviantes. Les bouleversements profonds qui se produisent sur le plan corporel (par ex., les formes du corps changent, l’augmentation de la sécrétion de certaines hormones stimule la sexualité), psychosocial (par ex., la définition de soi, l’acquisition de l’autonomie, la formation de liens d’intimité) et cognitif (par ex., le développement de l’idéalisme et de l’égocentrisme, la découverte du sens de la justice et de la liberté) durant cette période cruciale (Stillion, McDowell et May, 1989) font en sorte que le jeune se sent étranger à lui-même. Il a l’impression qu’il perd le contrôle de son corps, de ce qu’il est et de ce qu’il devient. Cette impression inconfortable de vulnérabilité en amène certains à tenter de la contrer; ils cherchent alors à se sentir invulnérables. Ils sont attirés vers la prise de risques. Certains s’investissent dans des sports extrêmes ou font des excès de vitesse au volant, d’autres expérimentent des drogues ou commettent des délits ou des crimes violents.

Il est faux de prétendre qu’après la période de l’enfance, le jeune n’a plus besoin d’encadrement de la part d’adultes. Ses besoins sont aussi grands, mais d’un autre ordre. Il est nécessaire de créer un lien de confiance avec l’adolescent et de savoir maintenir ce lien. Pour ce faire, au moins un adulte significatif doit établir une communication efficace avec lui, partager des activités stimulantes à l’intérieur desquelles le jeune pourra, entre autres, expérimenter de la nouveauté, découvrir ses forces sans les utiliser pour abaisser les autres, accepter ses limites sans se dénigrer, comprendre son environnement de façon réaliste et éviter les pièges de la banalisation ou de la dramatisation.

Est-ce que l’accompagnement d’un jeune par un adulte capable de maturité et de grandeur d’âme peut l’orienter vers des comportements adaptés et prosociaux? L’expérience le démontre. Le défi, c’est de trouver autant de ces adultes qu’il y a de jeunes.

Bibliographie

La Presse (2014). <http://lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers>, 20 et 31 mars.

Ouimet, M. (2009). Facteurs criminogènes et théories de la délinquance, Québec, Presses de l’Université Laval.

Stillion, J.M., E.E. McDowell et J.H. May (1989). Suicide Across the Life Span, New York, Hemisphere Publishing Corporation.

 

Marlène Falardeau est titulaire d’un baccalauréat en sciences de la santé (ergothérapie) ainsi que d’une maîtrise et d’un doctorat en éducation. Elle a aussi réalisé des études postdoctorales en criminologie. Elle a travaillé, pendant plus de vingt ans, dans divers milieux éducatifs, de santé et de recherche comme praticienne, consultante, gestionnaire, chargée d’enseignement ou chercheure. Au moment de l’écriture de ce livre, elle était professeure au Département d’ergothérapie de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle est actuellement travailleuse autonome.

Laïcité et valeurs québécoises au prisme de la peur de l’Autre

lundi 14 avril 2014

Stéphanie Tremblay

Au Québec, comme dans plusieurs autres contextes d’ailleurs, les débats hautement polémiques sur la laïcité et les valeurs communes ont tendance à laisser dans l’ombre les encadrements légaux qui structurent de facto la laïcité. Pourtant, les droits prévus dans les conventions et les déclarations internationales sont clairs : la religion ne se vit pas que dans la sphère privée, mais se prolonge grâce aux liens avec les autres membres de la communauté, virtuelle ou réelle, tel que stipulé entre autres dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (article 9).

Les écoles juivres, musulmanes et Steiner

Sous cet éclairage, il est difficile de concevoir la laïcité autrement que comme un mode d’aménagement de la diversité visant à garantir cette liberté religieuse tant dans l’espace public que dans l’espace privé. Nombreux sont les organismes-conseils du gouvernement québécois – ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC), Conseil des relations interculturelles (CRI), Comité sur les affaires religieuses (CAR), Conseil supérieur de l’éducation (CSE), etc. – qui ont réitéré une conception « libérale » de la laïcité en précisant que cette séparation entre l’Église et l’État s’appliquait bien aux institutions, mais pas aux individus qui les fréquentaient.

Déjà, le contexte légal québécois prévoit des dispositions précises dans l’éventualité de dérives ou d’actes criminels posés par certains individus ou groupes au nom de raisons religieuses ou autres, qu’il s’agisse de crimes d’honneur, de mariages forcés ou d’abus physiques. Parmi les pierres angulaires du droit, les chartes juridiques tant canadienne que québécoise reconnaissent la liberté de conscience et de religion des individus.

Cette liberté de conscience représente probablement le symbole le plus marquant d’une société libérale, héritière de grandes luttes démocratiques.

Les migrations contemporaines du religieux

Dans une perspective sociologique, il est à souligner que plusieurs transformations marquent l’évolution du « croire » en modernité avancée. On assiste en effet depuis les années 1970, tant en Amérique du Nord qu’en Europe, à l’émergence de l’« individu croyant » qui devient la nouvelle assise de légitimation de l’appartenance religieuse en ce qu’il se met à « trier », ou du moins bien souvent à interpréter lui-même, ce qu’il prend et ce qu’il laisse de sa religion, quand il ne décide pas de puiser à d’autres sources pour alimenter sa quête de sens (Hervieu-Léger, 1999). Cette nouvelle donne ne traverse donc pas les seules religions chrétiennes, mais aussi le judaïsme, l’islam et d’autres, en ce qu’elles concernent plus fondamentalement le rapport de l’individu à la transcendance en contexte moderne. Ces migrations du croire témoignent ainsi d’une « liberté » croissante du croyant à l’égard de l’institution, ce qui remet en question l’hypothèse selon laquelle un individu affichant un signe religieux « ostentatoire » dans l’espace public (dont la définition varie selon les protagonistes) ne pourrait assumer pleinement son statut de citoyen.

Or, si l’individu moderne devient l’instance de validation du croire, comment peut-on présumer qu’il n’est dévolu qu’à sa religion qui engloberait toutes les facettes de sa personnalité et de son identité politique? Cet essentialisme réducteur est porteur de nombreux écueils, dont une peur stérile de l’autre qui nous amène à considérer le religieux « visible », selon la cible que l’on vise, comme « le même au-delà de toutes ses différences concrètes, mais le même toujours absolument différent de nous, l’autre par essence » (Liogier, 2012, p. 118). Plusieurs recherches tendent plutôt à montrer que loin d’être systématiquement en tension, les appartenances confessionnelles et nationales peuvent souvent se nourrir mutuellement, comme lorsque la religion sert de levier de participation dans la société plus large: vote, implication dans les débats publics, militantisme dans diverses causes non exclusivement liées à leur religion, etc. (Brighouse, 2010; Tremblay, 2013; Wheitman, 2010).

Un ressort ignoré de cette peur de l’Autre?

Comment, dans ce contexte, jeter une nouvelle lumière sur cette difficulté à voir dans la religion de l’Autre une source légitime de l’identité qui ne s’inscrit pas forcément en concurrence avec d’autres solidarités, nationales ou politiques? À partir du cas européen et de l’obsession collective de l’islamisation, Raphaël Liogier offre des pistes de réflexion intéressantes, notamment en paraphrasant Sartre à propos de l’antisémitisme. En décrivant la peur de l’islam, mais que nous pouvons appliquer à d’autres manifestations religieuses dont la visibilité dérange, il écrit qu’il s’agit d’« un homme qui a peur. Non des [musulmans] certes : de lui-même, de sa conscience, de sa liberté, de ses instincts, de ses responsabilités, de la solitude, du changement, de la société et du monde; de tout sauf des [musulmans] » (2012, p. 116). De même, on peut voir dans la peur exprimée au Québec une crainte de nous-mêmes, de notre propre désaffection religieuse : «Alors qu’en face, ostensiblement, comme une provocation, d’autres redoublent de ferveur spirituelle» (ibid., p. 211).

Des conséquences sur l’intégration sociale

Quoi qu’il en soit des différents motifs qui la sous-tendent, cette laïcité culturelle est porteuse d’un désir d’aplanissement des différences et d’homogénéité culturelle, bref d’un retour à une société traditionnelle dont les valeurs, qui vont de soi, seraient uniformément partagées. De fait, il est à craindre que la Charte des valeurs québécoises, porte-étendard de cette laïcité stricte, polarise les différences entre « Nous les Québécois » et les « Autres », renforce les inégalités sociales entre les groupes majoritaires et minoritaires, notamment sur le marché de l’emploi, et multiplie les frontières sociales, religieuses et ethniques au croisement desquelles se situe la religion ainsi mise en échec. Si de telles campagnes offensives ne répondent pas forcément à des problèmes réels, elles peuvent néanmoins en créer. Pensons par exemple à la vague de femmes en France qui ont commencé à porter la burqa (voile intégral d’origine afghane exclusivement porté par les femmes) en signe de résistance politique à la suite de son interdiction légale.
Si plusieurs pays européens se sont déjà inspirés du modèle novateur des « accommodements raisonnables », pourquoi ne pas offrir de nouvelles possibilités en continuant de regarder vers l’avenir plutôt que de s’empêtrer dans cette peur stérile et « meurtrière » de l’altérité, pour reprendre l’expression d’Amin Maalouf, écrivain francophone d’origine libanaise et membre de l’Académie française?

Bibliographie

Brighouse, H. (2010). «Religious belief, religious schooling, and the demands of reciprocity», dans D. Kahane, D. Weinstock, D. Leydet et M. Williams (dir.), Deliberative Democracy in Practice, Toronto, UBC Press, p. 35-53.
Hervieu-Léger, D. (1999). Le pèlerin et le converti. La religion en mouvement, Paris, Flammarion.
Liogier, R. (2012). Le mythe de l’islamisation. Essai sur une obsession collective, Paris, Seuil.
Tremblay, S. (2013). Les écoles privées à projet religieux ou spirituel: analyse de trois «communautés» éducatives – juive, musulmane et Steiner – à Montréal, Thèse inédite, Université de Montréal.
Wheitman, J. (2010). «Religious education and democratic character», dans D. Kahane, D. Weinstock, D. Leydet et M. Williams (dir.), Deliberative Democracy in Practice, Toronto, UBC Press, p. 54-73.

Stéphanie Tremblay est titulaire d’une maîtrise en sociologie de l’Université du Québec à Montréal et d’un doctorat en éducation comparée et fondements de l’éducation (Université de Montréal). Elle a déjà publié le livre École et religions : genèse du nouveau pari québécois; (2010) et plusieurs articles sur les enjeux de la diversité en éducation.

Les PUQ au Salon international du livre de Québec

vendredi 4 avril 2014

L’édition 2014 du Salon international du livre du Québec s’entame le 9 avril prochain.

Venez nous voir! Nous serons au stand 153.

Venez également rencontrer nos auteurs
samedi  le 12 avril

RENCONTRE D’AUTEUR :
Françoise Guénette rencontre John R. Porter
13h40 Espace Tandem

TABLE RONDE
Réchauffement climatique – quand la réalité dépasse la fiction
Avec la participation de Dominique Berteaux
17h00, Grande scène Archambault