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La rentrée aux PUQ

mardi 22 septembre 2015

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Comprendre son savoir : une question de culture

jeudi 11 avril 2013

Emmanuel Colomb

Le mouvement « Idle no More » et la grève de la faim de la chef de la communauté d’Attawapiskat, Thérésa Spence ont braqué les projecteurs sur les conditions de vie des Premières Nations du Canada et sur leurs revendications, tant au niveau territorial qu’au niveau des conditions de vie,  de salubrité des logements ou de l’éducation.

Dans mon travail à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), j’ai eu la grande chance de pouvoir travailler avec des étudiants des différentes communautés autochtones du Québec, tant francophones qu’anglophones, ce qui m’a permis d’écrire : Premières Nations – Essai d’une approche holistique en éducation supérieure : entre compréhension et réussite, paru aux PUQ en 2012.

Cette expérience pédagogique a transformé une partie de ma vie, et a modifié profondément ma manière d’enseigner. Au-delà des récits des drames humains vécus par ces étudiants, au-delà des multiples problématiques sociales, certains essayent de porter leur fierté d’être autochtone avec dignité et courage. Réussir pour eux est un pari, un pari pour les générations futures dont plusieurs se sentent responsables, un pari pour voir leurs enfants être fiers de leurs parents, comme nous voulons que nos enfants soient fiers de nous.

Une de mes étudiantes m’a dit, à 35 ans : « C’est la première fois que l’on me dit que je peux être fière d’être indienne ». Elle a attendu 35 ans pour se sentir valorisée dans sa propre culture, dans son propre pays. Le constat est choquant, mais il est réel.

Notre système eurocentrique avec les valeurs de performance et de valorisation individuelle est parfois très éloigné de la pensée holistique des Premières Nations. Cette pensée holistique, au cœur de la pensée écologique, mais appliquée à la vie de l’homme en symbiose avec son milieu, est un essai constant dans la recherche de son propre équilibre, intégrant la spiritualité, les émotions, l’aspect physique et mental. Le monde occidental revient tranquillement à cette pensée, qui pour certains est plus orientale. Edgar Morin avec son approche de la complexité reprend des processus de la pensée autochtone, notamment avec le terme « reliance »[1]. David Bohm, instigateur d’une forme particulière du dialogue en organisation (les cercles de dialogue de Bohm)[2] intègre les capacités proprioceptives du cerveau pour permettre, aux individus qui les pratiquent, de comprendre les niveaux supérieurs de la conscience dans une vision écologique. L’approche du concept du BA en « Knowledge Management »[3] de Nonaka revient lui aussi sur la capacité des individus à construire un savoir basé sur une conscience globale de l’organisation et des problèmes complexes qu’elle vit en favorisant un savoir centré sur la création. Il en va de même de la notion du « connectivisme » en éducation de George Siemens[4] favorisant le partage des savoirs à l’aide des nouvelles technologies.

La pensée autochtone est une pensée riche, car elle définit ou redéfinit notre relation au monde et aux individus qui y vivent ainsi que notre manière d’apprendre.

Elle m’a permis de voir dans la différence une richesse, mais une richesse qui se gagne; une richesse à ma propre connaissance en redéfinissant le concept même du mot « apprentissage ». Elle m’a permis aussi de comprendre que ce que j’apprends des autres, comme le précisent les aînés des communautés, est un savoir que je dois retransmettre à mes enfants et petits-enfants. Ce savoir ne m’appartient pas, il appartient à l’humanité que je veux construire. Non par vanité, mais par volonté de créer un monde meilleur pour les générations à venir.

Pensez que l’on vit par les autres et pour les autres est une conscience écologique de grande qualité. Je vous laisse sur la parole d’une de mes étudiantes de la communauté de Mashteuiatsh, Karine Charlish, qui, dans un de mes cours me précisait : « On vit grâce à ce que l’on gagne, mais on existe grâce à ce que l’on donne. » Pensez que le savoir nous est donné nous incite nous-mêmes à le transmettre généreusement.

Emmanuel Colomb est titulaire d’une maîtrise en gestion et doctorant à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il participe depuis 2006, à titre de coordonnateur pédagogique, à l’élaboration de programmes de formation en lien avec les membres des Premières Nations du Québec pour le Centre du savoir sur mesure (CESAM). Il intervient également comme formateur et chargé de cours en communication à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il est l’auteur du livre Premières Nations : Essai d’une approche holistique en éducation supérieure publié aux Presses de l’Université du Québec.


[1] Pour connaitre s’initier à la pensée d’Edgar Morin : Kakangu, M. M. (2007). Vocabulaire de la complexité. Postscriptum à La Méthode d’Edgar Morin. Paris : L’Harmattan.

[2] Pour avoir une description complète des cercles de dialogue de Bohm : Dionne-Proulx, J., Jean, M. (2007). Pour une dynamique éthique au sein des organisations. (pp.328-373). Québec : Télé- Université – Université du Québec à Montréal.

[3] Consulté en article en ligne : http://km.camt.cmu.ac.th/mskm/952701/Extra%20materials/Nonaka%201998.pdf

[4] Consulté un article en ligne sur le connectivisme de Georges Siemens appliqué à l’apprentissage en lien avec les savoirs des musées. http://www.pro.rcip-chin.gc.ca/carrefour-du-savoir-knowledge-exchange/transcription_connectivisme-transcript_connectivism-fra.jsp

L’arrogance de certains parents

mercredi 27 mars 2013

Antoine Baby, sociologue, chercheur en éducation et auteur du livre Qui a eu cette idée folle? Essai sur l’éducation scolaire paru aux Presses de l’Université du Québec

Les relations entre l’école et la famille connaissent des périodes difficiles par les temps qui courent, du moins dans certains milieux. Un exemple nous en est donné par deux articles parus dans Le Devoir des 15 et 16 février. Le premier nous rappelle que le parent roi n’est pas mort et nous livre le portrait d’une mère de quatre enfants qui jette sur l’école un regard d’une arrogance et d’une suffisance rares. Il semble s’agir d’une femme au foyer financièrement à l’aise, qui a le temps et les moyens de se mêler de tout et de rien. Je n’ai pas dit : qui n’a rien d’autre à faire que de se mêler de…  Elle s’autoproclame monarque et assume pleinement sa « couronne de parent-roi » ! Pour avoir été longtemps dans les comités d’école et les comités de parents, ancêtres des conseils d’établissement et pour être resté en contact avec le milieu scolaire, je n’ai aucune difficulté à m’imaginer le personnage, non plus que sa « tonitruance ». Paraphrasant une chanson de Piaf, je la vois bien « semer la terreur dans tout l’établissement » !

Il y a mille à parier qu’elle est la mère d’enfants rois qui ont toujours raison, même quand ils ont tort. Elle aussi, à l’école, doit avoir toujours raison. Elle sait tout, elle voit tout, elle entend tout, comme dans la chanson. Sans le moindre repentir, elle persiste et signe : « C’est malheureux, dit-elle à la journaliste, mais c’est là pour rester. Je ne redonnerai pas l’autorité à l’école ! » Voilà qui est clair. C’est sans doute cette arrogance qui a mis le feu dans l’encrier du journaliste David Desjardins qui lui répond vertement dès le lendemain. Des parents comme ça, l’école qui fait face à d’énormes problèmes pourrait s’en passer. J’endosse intégralement le point de vue de Desjardins et je vais plus loin.

Dans mon livre « Qui a eu cette idée folle? Essai sur l’éducation scolaire », je vais même jusqu’à dire que l’école non seulement ne doit pas tolérer de telles attitudes de la part des parents, mais encore a-t-elle le devoir, dans l’intérêt des enfants eux-mêmes, de demander des comptes à la famille qui oublie trop souvent qu’il lui revient de préparer l’enfant et de le supporter sur les chemins de la réussite et de la persévérance scolaires. Par défaut de qualifier la réussite autrement que par l’adjectif « éducative », on en est réduit à penser que l’entière responsabilité de cette réussite revient à l’école. Dès lors, la cour de l’école devient le site d’enfouissement sanitaire de tous les problèmes de la société. Trop facile. C’est pourquoi je propose de distinguer réussite éducative scolaire et réussite éducative familiale, ce qui permet à l’école de demander des comptes à la famille pour sa part de responsabilités et de mieux assurer le nécessaire équilibre dans la répartition des tâches qui concernent la réussite des enfants.

Dieu merci, l’immense majorité des parents n’ont pas les moyens matériels d’être aussi baveux à l’endroit de l’école. Il y a dans cette attitude d’arrogance un illogisme qui fait penser à l’oiseau qui salit son nid. Ce serait donc dans une école aussi minable que l’on veut que son petit chouchou d’enfant réussisse et persévère? Et il n’est pas besoin d’être grand clerc ni même de s’en tenir de façon obsessive à des études statistiquement significatives à p : 001 pour avancer l’idée que la pire des choses que les parents peuvent faire pour nuire à la persévérance et à la réussite scolaires de leurs enfants, c’est de salir l’école et de la démolir devant eux quand ils ne sont pas d’accord. Comment peut-on logiquement obliger ses enfants à se rendre à l’école tous les matins, comment peut-on penser qu’ils aiment aller à l’école si l’image que nous leur en donnons est celle d’un repère de paresseux, de parasites et d’incompétents? C’est une question de logique et de gros bon sens.

Sur la base d’une expérience de plusieurs années et d’un contact constant avec le milieu scolaire, je serais prêt à proposer, au moins à titre d’hypothèse de travail, qu’il en est de l’attitude des parents à l’endroit de l’école comme il en est de l’attitude qu’ils ont l’un envers l’autre après une séparation. On sait déjà en effet de sources fiables que ce n’est pas tellement la séparation des parents comme telle qui est néfaste aux enfants en bas âge, mais bien le fait que les parents séparés s’agressent, règlent leurs comptes et se démolissent en présence de leurs enfants au lieu de le faire privément, à leur insu. De même, ce ne serait pas le fait que les parents ne sont pas d’accord avec l’école qui serait attentatoire à la persévérance scolaire des enfants, mais bien le fait d’entretenir une image négative et de s’adonner à une entreprise de démolition systématique de l’école en présence de leurs enfants. Voilà une hypothèse qu’il vaudrait la peine de soumettre à une vérification systématique. Si elle s’avérait fondée, cela permettrait aux parents de corriger leur attitude en conséquence ajoutant ainsi un facteur de plus en faveur de la persévérance de leurs enfants.

L’idée n’est pas que les parents doivent se laisser tondre par l’école. On en est loin d’ailleurs. C’est plutôt que les parents doivent exprimer à l’école (et non à leurs enfants) leurs désaccords et négocier avec elle les aménagements utiles plutôt que de déblatérer contre elle « in absentia » et en pure perte. Il est de sens commun que, pour aimer l’école, nos enfants ont besoin de savoir que, de façon générale, nous avons confiance en l’école. De même pour le personnel scolaire. Pour pouvoir intéresser les enfants à l’école, il  a besoin de savoir que, règle générale, les parents lui font confiance. Les parents doivent cesser de considérer que l’école n’est qu’une délégation de la famille. Cette époque est révolue. Pour pouvoir remplir une mission qui lui est propre telle qu’elle est définie par la Loi de l’instruction publique, l’école doit jouir d’une pleine autonomie. La société toute entière a intérêt à ce que l’école établisse avec la famille une relation positive de confiance entre deux partenaires égaux.

Titulaire d’un baccalauréat en droit, d’un baccalauréat en éducation, d’une licence en orientation scolaire (Université Laval) et d’un doctorat en sociologie (La Sorbonne, 1965), Antoine Baby a toujours œuvré en éducation. Il est aujourd’hui retraité de la Faculté des sciences de l’éducation (FSE) de l’Université Laval, dont il est professeur émérite depuis 1999. Il a cofondé le Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES, 1992) et le Centre de transfert sur la réussite éducative du Québec (CTREQ, 2002), dont il est membre honoraire. Il est aussi chercheur honoraire actif à la Chaire de recherche Normand-Maurice (Université du Québec à Trois-Rivières) et le premier titulaire du mérite syndical de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ, 1997).

Antoine Baby est l’auteur de plus d’une quarantaine de contributions dans des ouvrages en collaboration, de plusieurs lettres dans les journaux sur des questions d’éducation, ainsi que de Le Centre pilote Laval : évaluation d’une expérience de formation des maîtres à l’élémentaire, FSE, 1973 ; de Pour une écologie de la réussite éducative, Études et recherches du CRIRES, 1995 ; et de Pédagogie des poqués, Presses de l’Université du Québec, 2005.

La diversité ethnoculturelle en éducation

lundi 15 novembre 2010

Pierre Toussaint, professeur au Département d’éducation et pédagogie à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal, nous parle de son ouvrage La diversité ethnoculturelle en éducation, paru au printemps 2010.

Pour enfin retourner le pouvoir de l’éducation aux mains des parents et des enseignants

lundi 15 mars 2010

De Pierre Demers

Le système scolaire québécois est maintenu sous le joug d’un ministère qui se dit d’éducation mais qui, dans les faits, ne réussit qu’à faire durer une domination qui existe depuis trop longtemps. L’asservissement est total. Depuis longtemps, les enseignants et les parents sont incapables d’exercer quelque contrôle que ce soit sur l’« éducation » de nos jeunes. L’aliénation s’est achevée dès le moment où tout le monde engagé dans ce projet social a perdu la capacité d’imaginer le développement de ces potentiels humains autrement que par une scolarisation de masse.

La confusion dans les termes, qui sert de fondement à tout ce qui suit, est aussi entière. On adapte le sens des mots aux circonstances du moment. On utilise certains termes comme s’ils étaient interchangeables. Par exemple, la scolarisation n’est pas l’instruction ni la socialisation, qui ne veut pas dire l’éducation, qui se situe très loin de toute qualification spécifique. Ces termes – scolarisation, instruction, socialisation, qualification et éducation – sont autant de conceptions différentes de notre action auprès des jeunes. Il est temps de choisir soigneusement notre cible pour cesser de limiter l’expérience scolaire possible. Apprendre s’est asséché, littéralement parlant, de toute quête de sens. Disons-le franchement : la scolarisation et l’instruction de masse ne fonctionnent pas ! Qu’attendons-nous ? Quelle proportion d’élèves décrochés est requise pour apporter les changements nécessaires ? Devrions-nous aussi tenir des statistiques sur ceux et celles qui décrochent dans leur tête ?

Il est grand temps qu’on éduque les parents et les enseignants au fait que l’avenir se joue dans la formation de chaque personne. Il ne s’agit pas de former les êtres humains dans le sens d’accumuler des savoirs à retenir bêtement mais plutôt selon une vision de leur propre développement humain. Le principal défi de la Vie ne consiste pas à se former pour participer à la chaîne de production et consommation, devenue le carcan moderne par excellence. Il réside plutôt dans la pleine réalisation de son potentiel humain qui, parfois, passe par des connaissances formelles.< br/>
Un ministère de l’éducation, du loisir et du sport aussi centralisé qu’au Québec est incapable, même dans ses plus beaux efforts, de considérer le simple fait que chaque jeune qui fréquente nos écoles est différent des autres. Cette prise en compte exigerait des approches personnalisées qui ne peuvent pas être mises de l’avant dans la stratégie de masse courante qui impose les grands groupes, le moule unique et une pédagogie de la bonne réponse qui écrase toute possibilité d’erreur, un moteur majeur dans tout apprentissage.

Le MELS ferait mieux de concentrer ses efforts pour soutenir les enseignants qui travaillent souvent dans des conditions horribles et les parents qui luttent désespérément pour que leurs enfants aient droit à une « éducation » qui respecte leur intégrité et leur authenticité humaine. La fuite en avant de cette grosse machine bureaucratique nous a déjà assez fait souffrir.

Parents et enseignants, unissez-vous autour du projet passionnant de proposer à nos jeunes un cheminement, qui au début viendra de l’extérieur, pour leur indiquer la voie vers leurs propres potentialités. Ensuite, accompagnez-les dans leur démarche personnelle et intime qui les amène à développer leur plein potentiel. Aucun ministère de la scolarisation de masse n’arrivera à accomplir ceci, surtout dans le mépris dont il fait preuve envers vous depuis longtemps. Nous réussirons à élever la conscience humaine de nos jeunes si nous les éduquons. Pour ce faire, il faut d’abord comprendre ce que le mot « éduquer » veut dire.

Pour approfondir votre réflexion, nous vous suggérons la lecture de :
Élever la conscience humaine par l’éducation
de Pierre Demers  (2008)