Des régimes d'authenticité

Essai sur la mémoire patrimoniale

Des régimes d'authenticité Feuilleter cet ouvrage

Résumé

Le patrimoine change. Depuis son ancêtre, le monument historique, jusqu’à ses plus récentes incarnations de trésors de l’humanité, il révèle, tout autant que l’histoire ou la culture qu’il symbolise, les relations variables entre l’homme et le monde. Dans le temps long, l’objet de patrimoine s’avère oeuvre ouverte : investi de sens, puis réinvesti et investi encore, ou relégué aux oubliettes de nos constructions identitaires, il porte les traces empilées des intentions cycliques et de l’affection collective qui l’ont adopté. Notre univers visible fourmille ainsi de fossiles patrimoniaux, créatures consacrées jadis pour des raisons dorénavant plus ou moins limpides, qui toutes, cependant, marquent nos pratiques et nos conceptions dont elles ont jalonné la différenciation selon les époques et les territoires. C’est la mémoire patrimoniale.

L’essai que voici inverse la proposition des Lieux de mémoire de Pierre Nora pour recentrer l’étude du patrimoine sur l’objet patrimonial, producteur d’identité. Cette herméneutique du patrimoine s’attache à expliquer la vie de ces objets merveilleux caractérisés, conservés puis valorisés, à travers les mutations de leurs formes et de leurs sens. Afin de soutenir, par cette perspective originale, des histoires du patrimoine encore inédites, l’ouvrage apporte à la discussion un cadre théorique qui assortit, à l’étude de la mémoire patrimoniale, l’observation de régimes d’authenticité successifs – clin d’oeil aux régimes d’historicité débusqués par François Hartog – portant l’un dans l’autre la signification des objets et des actes patrimoniaux. Le patrimoine se dévoile alors au coeur d’un écosystème, dans lequel s’équilibrent, pour un moment, un rapport au Temps, un rapport à l’Espace et un rapport à l’Autre dont l’examen éclaire, en retour, la constitution des représentations patrimoniales et le chemin parcouru par leurs objets jusqu’à nous.

Une illustration de ce propos heuristique clôt l’ouvrage : il s’agit du basculement de régimes d’authenticité survenu alors que le monument prenait la définition qu’on lui attribue maintenant et le geste de classement, le sens qu’il a depuis. En auscultant les procès-verbaux de la Commission des monuments historiques québécoise, beaucoup moins connue que sa cousine française traitée jusqu’ici comme un modèle par les chercheurs, l’on découvre tour à tour deux protagonistes des premiers jours du patrimoine, le monument et la relique ; l’on démasque le rôle essentiel du tourisme dans la construction patrimoniale et, tout en revisitant quelques classiques de l’aventure patrimoniale occidentale, l’on saisit comment naît et s’épanouit une idée particularisée du patrimoine, en miroir de l’état de la société qui s’y réfléchit.

2009, 136 pages, D2354, ISBN 978-2-7605-2354-8

Ce qu’on en dit...

« L?ouvrage représente certainement une contribution importante à l?histoire de la patrimonialisation au Québec »

Harold Bérubé, Recherches sociographiques, vol. LI, no 3, sept.-déc. 2010, p. 572
Texte intégral

« L'ouvrage présente une recherche iconographique et archivistique dont on doit féliciter l'auteure car cette recherche enrichit grandement l'analyse. [...] l'essai de Lucie K. Morisset intéressera tout amateur et spécialiste du patrimoine québécois, qui appréciera le regard novateur de cette chercheure sur les relations qui lient étroitement histoire, mémoire et patrimoine. »

Célia Forget, Cahiers de géographie du Québec, vol. 54, no 153, p. 552.

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