Archives pour juin 2010

Loi C-32 : un vieux fantôme revient hanter les éditeurs

jeudi 17 juin 2010

Le ministre de l’Industrie, Tony Clement, et le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, annonçaient au début du mois le dépôt du projet de loi C-32, une reprise du projet C-61 qui avait été enterré à l’approche des élections. Si quelques acteurs de l’industrie culturelle se sont exprimés en faveur du projet de loi visant à moderniser la Loi sur le droit d’auteur, dont l’Association des musées canadiens, ce sont surtout les critiques qui fusent de part et d’autres depuis les derniers jours.

L’Association nationale des éditeurs de livres a émis hier un communiqué dénonçant les nouvelles mesures de la loi C-32, en particulier celles concernant l’exception pédagogique. En vertu du principe d’utilisation équitable, la loi permettrait en effet la reproduction intégrale d’œuvres protégées sur tous supports à des fins d’enseignement collectif. Il serait ainsi possible pour un professeur, par exemple, de rendre disponible en ligne un ouvrage complet des Presses de l’Université du Québec pour ses étudiants. Si l’idée paraît favoriser la diffusion des connaissances de prime abord, l’adoption de la loi toucherait durement le milieu de l’édition et conduirait, à moyen terme, à la mort de l’édition scolaire. Ce qui, en théorie, vise à accroître l’accessibilité au matériel pédagogique, viendra, dans les faits, restreindre l’offre.

Nous vous invitons à exprimer votre point de vue sur la question. Nous encourageons surtout nos auteurs à intervenir, car étant pour la plupart à la fois enseignants et créateurs, vous êtes les mieux placés pour commenter le dossier.

L’effet placebo : le pouvoir de la pilule vide

lundi 7 juin 2010

De Amnon Jacob Suissa

Durant la deuxième guerre mondiale, une infirmière qui assistait un anesthésiste du nom de Henry Beecher réalise que le stock de morphine est vide. Traitant un soldat blessé, elle le rassure en lui disant qu’il recevra une injection d’anti douleurs. Dans les faits, elle lui injecta de l’eau salée. De manière surprenante, ce rituel d’injection soulagea l’agonie dans laquelle le soldat était plongé, prévenant ainsi un choc. De retour à Harvard, Beecher écrivit un article sur l’effet placebo qui fit sensation.

Effet psychophysiologique, le placebo correspond à la confiance qu’attribue le participant au produit. Il est généralement présenté au patient comme « efficace » alors qu’il est dénué de principe actif. Un chercheur italien, Fabrizio Benedetti de l’Université de Turin, a depuis longtemps dénoncé l’industrie pharmaceutique qui reléguait cette réalité à un trait psychologique du sujet en démontrant que l’effet placebo avait des fondements neurologiques, le cerveau produisant ses propres substances analgésiques : les opioïdes et les endorphines. Comme avec les casinos, force est de reconnaître que la finalité première des compagnies pharmaceutiques est d’abord et avant tout le profit. Ainsi, on peut mieux comprendre l’absence d’acteurs prêts à s’engager dans le financement d’études en lien avec le placebo. Or, il est temps de considérer les réalités subjectives que sont la conscience et l’esprit dans notre rapport avec les médicaments.

Amnon Jacob Suissa est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages scientifiques sur le processus de médicalisation des comportements compris comme des pathologies, notamment Le monde des AA (2009).