Blogue des PUQ

Archives pour mai 2014

Responsabilités et violences envers les femmes

mardi 20 mai 2014

Katja Smedslund

Presque un tiers de toutes les femmes ayant eu une relation de couple y ont été confrontées; il s’agit de la première cause de mortalité chez les femmes âgées entre 19 à 44 ans dans le monde, devançant la guerre, le cancer et les accidents de la route.

De quelle pandémie parle-t-on ici?

Ces statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2013) et du Conseil de l’Europe (COE, 2009) sur la violence conjugale sont aussi alarmantes que méconnues. Il est temps de responsabiliser tant collectivement qu’individuellement à propos de ce fléau qui touche de manière universelle de trop nombreuses femmes.

Des violences, des discriminations et des injustices envers les femmes continuent à être perpétrées dans un silence relatif, les médias et les journaux se limitant souvent à des mentions aussi réductrices et erronées que « drames passionnels ». Les violences conjugales ou les homicides conjugaux ne sont que rarement clairement nommés ou définis en tant que violences et tendent à être classés dans les faits divers, comme le démontre encore trop souvent le traitement journalistique notamment en France ou au Québec. De plus, même si certaines législations prennent davantage en considération les femmes victimes de violences, en instaurant notamment des définitions plus précises, elles demeurent souvent incomplètes ou pas assez précises selon les types de violences répertoriées. Que faire pour briser ce silence? Et comment expliquer qu’au XXIe siècle, autant de crimes demeurent impunis ou, pire, sont parfois légitimés par les gouvernements en place? Quelle est la part des responsabilités individuelles et collectives dans leur perpétuation? Comment redonner du sens et du poids à cet outil de conscientisation afin de renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes?

Autant de questions qui se posent dans un contexte politique et social où différentes formes de violences se multiplient malgré les avertissements lancés par les Nations Unies et d’autres instances internationales appelant à responsabiliser les États, les pouvoirs en place ou les individus. Les Nations Unies avaient d’ailleurs défini le rôle des États dès 1995, lors de la conférence de Pékin, en rappelant que la responsabilité des États est engagée relativement aux actes de violence par des agents publics ou privés au cas où ces derniers ne prendraient pas de mesures rapides pour prévenir la violation des droits, pour enquêter, punir et fournir une aide aux victimes (Nations Unies, 1995).

Responsabilités et violences envers les femmes

Katja Smedslund est codirectrice de l’ouvrage Responsabilités et violences envers les femmes, paru le 30 avril 2014.

Nombreux sont également les organismes de défense des droits humains ou des droits des femmes qui pointent les aberrations existant dans les textes officiels ou les pratiques. La Cour d’appel de l’Ontario dans la cause Bedford rappelle la dangerosité de la prostitution dans presque toutes les circonstances et le Parlement de l’Union européenne recommande l’adoption du modèle nordique criminalisant les clients et les proxénètes et pourtant l’achat de prostitution demeure une activité non sanctionnée légalement au Canada comme dans plusieurs autres pays du monde. Par ailleurs, le Conseil du statut de la femme (CSF) s’insurge notamment depuis quelques temps contre une modification du guide de pratique de la Société des obstétriciens gynécologues du Canada (SOGC), qui laisse une possibilité à la pratique de la réinfibulation vaginale. Le CSF rappelle ainsi qu’aucune violence ne peut être perpétrée au nom de l’honneur ou de quelque différence culturelle que ce soit. Plusieurs exemples dans l’actualité internationale récente illustrent aussi les défaillances et les lacunes des instances étatiques, révélant au passage le caractère universel du phénomène. En effet, tout récemment, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, condamnait l’enlèvement des écolières au Nigeria par le groupe islamiste Boko Haram au nom du refus de l’éducation à l’occidentale, et appelait à une libération immédiate des filles dans l’État de Borno, situé dans le nord-est du pays. Que penser du projet de loi visant à légaliser la pédophilie en plaçant l’âge de mariage des jeunes filles à 9 ans en Irak, tout en autorisant le viol conjugal? Des organisations de défense des droits des femmes se mobilisent contre ce texte qui représente selon ces dernières «un crime contre l’humanité». Par ailleurs, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) tire la sonnette d’alarme en pointant le nombre d’agressions sexuelles en public dont sont victimes les militantes en Égypte. Des violences sur lesquelles les gouvernements ferment les yeux, évinçant ainsi les femmes des débats publics et politiques.

Alors, malgré le sens puissant qui émane du concept des responsabilités et bien que l’on fasse souvent appel aux responsabilités lors de discours officiels, étatiques ou sociaux référant aux violences faites aux femmes, un investissement insuffisant sur le terrain, des mesures inadéquates ou même parfois contraires aux droits humains les plus fondamentaux ne permettent pas toujours de répondre aux besoins réels des femmes victimes de violences. La faible application des lois, les lacunes en matière de suivi des politiques et les contradictions entre certaines législations rappellent que les violences faites aux femmes demeurent un thème peu prioritaire et que les moyens alloués sont donc par conséquent souvent insuffisants.

Certaines avancées méritent toutefois que l’on s’y attarde. La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, adoptée le 11 mai 2011 à Istanbul par le Conseil de l’Europe, prévoit de protéger les femmes contre plusieurs formes de violence. C’est le premier instrument européen juridiquement contraignant, offrant un cadre juridique complet pour la prévention de la violence et la protection des victimes, avec comme objectif de mettre fin à l’impunité des auteurs de violences. La convention établit un mécanisme de suivi précis (le GREVIO) afin d’assurer la mise en œuvre effective et responsable de ses dispositions par les États l’ayant ratifiée. Ce type de mesures ouvre la voie à d’autres initiatives et progrès au bénéfice des femmes victimes de violences dans le monde.

Bibliographie

Nations Unies (1995). Rapport de la 4e Conférence mondiale sur les femmes, Conférence de Pékin : Conférence mondiale des Nations Unies sur la Femme, Plate-forme d’action de Beijing et Déclaration de Beijing, New York, Département de la coordination des politiques et du développement durable des Nations Unies.

Conseil de l’Europe (2009). Sandra Barnes : «J’exhorte toutes les collectivités territoriales à s’engager dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes», <https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?id=1543829&Site=DC>, consulté le 12 avril 2014

Organisation mondiale de la Santé (2013). Estimations mondiales et régionales de la violence à l’encontre des femmes : prévalence et conséquences sur la santé de la violence du partenaire intime et de la violence sexuelle exercée par d’autres que le partenaire, <http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/85242/1/WHO_RHR_HRP_13.06_fre.pdf>, consulté le 1er avril 2014.

Katja Smedslund, docteure en histoire contemporaine (mention politiques européennes), mène des recherches depuis une dizaine d’années sur les violences faites aux femmes sur les plans sociologique, politique et historique. Sa thèse portait plus particulièrement sur les violences conjugales en Europe.

Autisme et déficience intellectuelle : un défi au-delà du malaise

lundi 12 mai 2014

Pauline Beaupré

Autisme et déficience intellectuelle à l’école : malaise ou défi?

Quand on parle d’autisme ou de déficience intellectuelle, en classe spéciale ou à l’école ordinaire, c’est souvent source de malaise ou de véritable crainte chez les acteurs impliqués. Soit les personnes ne s’estiment pas suffisamment compétentes pour intervenir auprès desdits enfants, soit elles craignent de laisser de côté les autres enfants si elles investissent trop de temps auprès de l’enfant différent. Elles peuvent aussi avoir peur, souvent à juste titre, de manquer de temps pour tout faire dans leur travail et, il faut bien l’avouer, elles peuvent redouter de s’épuiser à la tâche. Cela représente une partie des réalités bien concrètes de ce qui se passe dans certains milieux scolaires où sont présents des enfants ayant une déficience intellectuelle ou un trouble de l’autisme.

Pauline Beaupré est également l'auteure de l'ouvrage Déficience intellectuelle et autisme, en librairie le 7 mai 2014.

Pauline Beaupré est également l’auteure de l’ouvrage Déficience intellectuelle et autisme, en librairie le 7 mai 2014.

Des pas importants parcourus

Il y a déjà plus de vingt ans, débutaient les questionnements sur les meilleures conditions à mettre en place pour soutenir les milieux scolaires. On parlait alors davantage d’intégration scolaire. Des pas importants se sont faits depuis au Québec. Le concept d’inclusion de tous les élèves, à l’école ordinaire, a gagné graduellement du terrain et ne représente pas uniquement un simple cas d’exception. Cela est notamment dû au fait que, derrière chaque bout de terrain gagné, il y a des parents dévoués à la réussite de leur enfant, soucieux de faire abattre des préjugés, souvent même s’il faut recommencer année après année. Cette inclusion serait également impossible sans l’apport d’intervenants et de gestionnaires croyant au potentiel des enfants handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage.

Des réponses à des besoins bien précis des enfants

On craint souvent de ne pas pouvoir bien adapter son enseignement pour répondre aux besoins de l’enfant ayant une déficience intellectuelle. On anticipe le temps que cela prendra. On se demande ce qu’il va apprendre en classe, surtout lorsque s’agrandira l’écart d’âge et de niveau de développement. Pourtant, nombre d’enseignants veulent relever ce défi.

Lorsqu’un intervenant a dans sa classe un enfant ayant reçu un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme, son dilemme se situe souvent à essayer de comprendre le fonctionnement interne de cet enfant. Il vit parfois des craintes par rapport à ses réactions excessives, telles des colères inattendues.

Antérieurement, lorsqu’on parlait d’inclusion d’enfants autistes ou ayant une déficience intellectuelle en classe ordinaire, cela ne se faisait pas sans l’ajout, quasi systématique, d’une ressource d’accompagnement, du moins à temps partiel. Bien qu’ayant l’avantage de soutenir les apprentissages de certains enfants et de sécuriser, il faut bien le dire, certains intervenants, cela créait parfois une forme de ghetto autour de l’enfant. L’inclusion de l’enfant avec ses compagnons de classe n’en était souvent pas véritablement une.

Sans rejeter ces façons de faire, ces expériences ont amené à réfléchir à de nouvelles pratiques.

Et que nous apportera l’avenir?

Pour ne pas devoir revenir en arrière et refaire les démarches menant vers la cause de la participation sociale de tous, il faut mettre en commun les connaissances et partager les expertises. De bonnes idées expérimentées dans un milieu peuvent servir à un autre. Cela est d’autant plus important dans un contexte où la nouvelle classification des élèves s’installe, laquelle est issue du DSM-V (2013). Ainsi, on parle davantage de la présence en classe ordinaire de certains types d’enfants – que l’on pense aux enfants dyspraxiques, entre autres. Le milieu scolaire est également préoccupé par l’éventuelle augmentation du nombre d’élèves présentant un trouble du spectre de l’autisme, par exemple. Ces enfants, qui ont reçu une intervention intensive précoce, se retrouvent maintenant de plus en plus en classe ordinaire au primaire, au secondaire et même au postsecondaire. Les milieux scolaires sont-ils prêts à les accueillir? Sont-ils suffisamment outillés pour soutenir un changement dans leurs pratiques professionnelles? Sont-ils informés des retombées de certaines pratiques novatrices?

Pauline Beaupré, Ph. D., est psychologue et psychopédagogue. Professeure au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) – Campus de Lévis, elle est aussi chercheure au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS) et membre du Laboratoire de recherche sur la santé en région (LASER).

82e Congrès de l’ACFAS

mardi 6 mai 2014

« La recherche : zones de convergence et de créativité » : l’édition 2014 de l’ACFAS est sur le point de commencer! Près de 5 000 chercheurs, dont 500 participants étrangers issus d’une quarantaine de pays, mettront le cap sur Montréal pour l’occasion.

Les Presses de l’Université du Québec seront également de la partie! Venez nous retrouver au kiosque 10 de l’atrium du pavillon EV de l’Université Concordia (campus centre-ville, au coin des rues Ste-Catherine et Guy), du 12 au 16 mai 2014. Au plaisir de vous y croiser!

ACFAS2014